17 octobre 2018

Les abeilles et les sens

par Miels d'Anicet

La vue

Grâce à ses deux yeux composés et à ses trois ocelles, l’abeille jouit d’une vision panoramique avec une profondeur de champ quasi infinie. Ses organes de la vue sont des outils indispensables à la réalisation de ses tâches, principalement la recherche de nourriture. 

Ses deux grands yeux noirs sont composés de facettes (ou ommatidies) semblables à de nombreux petits appareils photo (4 500 pour l’ouvrière). La lumière pénètre d’abord par la lentille (le cristallin), puis l’image est focalisée sur un film photosensible (la rétine). Cependant, chacune des facettes ne saisit qu’un point lumineux de l’image entière; ce n’est qu’une fois les points réunis que l’image d’une photo granuleuse est formée et s’apparente à des impressions de journaux. 

Ces lentilles sont sensibles à certaines couleurs, le vert, le bleu et l’ultraviolet (invisible chez l’homme), mais sont insensibles au rouge. La perception des couleurs chez l’abeille est donc très différente de celle des humains. De plus, sa vision est sensible à la lumière polarisée et à l’intensité de la réflexion des rayons ultraviolets. Les fleurs qui apparaissent blanches à l’œil humain sont violettes pour l’abeille et celles qui nous apparaissent jaunes sont soit violettes, soit jaune pâle, selon le degré de réflexion. Les fleurs que l’homme perçoit de couleur uniforme sont donc perçues avec une gradation multicolore par l’abeille. Ces lentilles aident à la recherche de nourriture riche en pollen et en nectar, car les fleurs qui en sont riches sont habituellement de couleur plus vive, puisqu’elles présentent davantage de réflexion ultraviolette. Voilà un bel exemple d’adaptation de la part des fleurs qui utilisent la couleur pour attirer les pollinisateurs. 

Grâce à ses yeux composés, l’abeille est dotée d’un champ de vision très large, presque 360 degrés. Elle peut percevoir jusqu’à 300 images par seconde. L’abeille a une vision nette durant le vol, ce qui l’aide à détecter aisément les mouvements, et à repérer facilement les prédateurs. Elle est aussi pourvue d’une mémoire visuelle qui lui permet de bien s’orienter et de renseigner ses acolytes sur la route à prendre afin de trouver la nourriture. 

 

Le pouvoir de résolution des ocelles, le deuxième type d’yeux, est faible et ne permet pas aux abeilles d’obtenir une image nette. Ils leur permettent toutefois de distinguer suffisamment les formes et les couleurs, et sont très sensibles à la direction et aux changements de lumière. Ils servent, par exemple, à évaluer l’approche du crépuscule. 

L’odorat

Le nombre d’odeurs différentes pouvant être perçues par l’abeille est sensiblement le même que chez l’humain, sauf pour ce qui est des odeurs de cire, de fleurs et d’autres constituantes biologiques importantes, pour lesquelles l’abeille est de 10 à 100 fois plus sensible. 

L’odorat des abeilles passe par leurs antennes. Elles s’en servent comme outil pour percevoir et récolter des données sur leur environnement immédiat. Les antennes possèdent environ 6 000 récepteurs pour l’ouvrière, constamment sollicités pour détecter des milliers d’odeurs à l’intérieur et à l’extérieur de la ruche. Par exemple, elles peuvent déceler les odeurs sucrées émises par les fleurs à nectar. 

En plus de ses capacités olfactives remarquables, l’abeille dispose aussi d’un sens olfactif topochimique, c’est-à-dire qu’elle localise une odeur en utilisant les informations olfactives captées et retransmises par chacune de ses antennes. Ces dernières lui permettent aussi d’estimer l’humidité relative et les teneurs en gaz carbonique dans la ruche. Ces informations sont essentielles au sein de la colonie, car lorsque la concentration en CO2 est trop forte, les abeilles réagissent et s’activent à ventiler la ruche. 

Le goût 

Le goût est très développé chez l’abeille. Pour «goûter», elle est dotée de nombreux récepteurs gustatifs, situés sur différentes parties du corps (langue, tarse au bout des pattes, antennes) et capables de différencier le sucré, l’acide, l’amer et le salé. Les capacités gustatives de chaque abeille dépendent de son âge, de son état physiologique et de sa nutrition. Toutes recherchent les fleurs avec un nectar riche en sucre, un critère de choix pour déterminer celles qu’elles iront visiter. 

Leur langue leur permet également de lécher, donc de capter, les phéromones émises par la reine et de les transférer aux autres abeilles, assurant ainsi la cohésion de la colonie. 

Le toucher 

Les antennes et les poils disposés tout le long du corps servent au sens du toucher de l’abeille. Les antennes faisant office de mains, les abeilles les utilisent pour palper sans cesse les objets autour d’elles. Cela leur permet de compenser leur vision réduite dans l’obscurité de la ruche ou de différencier les abeilles provenant de colonies ennemies. 

Quant aux poils (aussi appelés «sensilles mécanoréceptrices»), ils permettent à l’abeille d’apprécier son environnement physique et l’aident dans ses déplacements à l’intérieur et à l’extérieur de la ruche. Grâce à eux, l’abeille peut, par exemple, reconnaître la dimension et le contenu des alvéoles dans la ruche ou même la position des étamines dans la corolle d’une fleur. 

L’ouïe

Comme les abeilles n’ont pas d’oreilles, elles ne perçoivent pas les sons. Leur système auditif capte plutôt les vibrations et les bruissements avec deux organes: la membrane interne des pattes antérieures et les antennes. Dans leur cas, on parle donc d’un «sens vibratoire», puisqu’il leur permet de communiquer et de détecter de l’information au moyen des vibrations qu’elles émettent et reçoivent. L’abeille utilise l’objet (ou l’air) sur lequel elle est posée pour recevoir les vibrations, décoder l’information et, par la suite, transmettre ces informations au reste de la colonie en faisant vibrer ses ailes. 

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