Deux décennies de collaboration : Miels d’Anicet au cœur des recherches apicoles du CRSAD et de l’Université Laval
Au cœur du paysage agricole québécois, le Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD) s’est imposé, au fil du temps, comme un acteur incontournable de la recherche appliquée. Fondé en 1918 comme pépinière destinée à soutenir les producteurs à la suite d’hivers difficiles, il évolue progressivement vers un centre de recherche structurant. En 1999, il devient un organisme à but non lucratif issu d’un partenariat entre le ministère de l’Agriculture, des pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et l’Université Laval.
Très tôt, l’apiculture s’y ancre durablement. Présent sur le site depuis 1965, le cheptel apicole conduit à la mise en place d’infrastructures dédiées dès les années 1970, posant les bases d’une expertise aujourd’hui reconnue. Le CRSAD réunit désormais une équipe engagée, portée par des valeurs de collaboration, d’innovation et de partage, et contribue activement à l’avancement des connaissances en sciences animales à travers plusieurs filières agricoles. L’équipe apicole compte aujourd’hui plus de 500 colonies et une dizaine de personnes, incluant chercheurs, chargés de projet, conseillers, professionnels de recherche et ouvriers. Depuis 2005, plus de 158 projets de recherche en apiculture y ont été menés, soit en moyenne 7 à 8 projets par année.
Au centre de ces travaux se dessine une ambition commune : contribuer à l’autosuffisance en abeilles mellifères au Canada. De la sélection génétique à l’hivernage, en passant par la reproduction, la nutrition, les traitements et les services de pollinisation, la recherche s’articule autour d’un écosystème scientifique complet au service de l’apiculture de demain.
C’est dans ce contexte que débute, au début des années 2000, la collaboration entre le CRSAD et Miels d’Anicet. Elle naît d’une rencontre marquante lors du congrès Apimondia 2005 à Dublin entre Pierre Giovenazzo, alors chercheur associé au CRSAD, et Anicet Desrocher. Portés par une passion commune pour les abeilles, et plus particulièrement pour les reines, ils amorcent une collaboration appelée à s’inscrire dans le temps.
Dès 2005, un premier projet de recherche compare différentes lignées d’abeilles sélectionnées par des éleveurs québécois, dont celles de Miels d’Anicet. Cette étude permet d’identifier des souches prometteuses et contribue à structurer les bases du programme de sélection apicole du CRSAD, alors en développement.
Entre 2006 et 2009, Miels d’Anicet participe à un projet portant sur le potentiel reproducteur des reines au fil de la saison apicole. Réalisé au CRSAD, ce travail approfondit la compréhension de la qualité des reines à travers des indicateurs morphologiques et biologiques tels que le poids, la morphologie, le nombre de spermatozoïdes et le nombre d’ovarioles.
En 2016, la collaboration s’élargit avec la participation de Miels d’Anicet au projet fédéral « BeeOmics », coordonné au Québec par Pierre Giovenazzo. Ce projet d’envergure, mené à l’échelle nationale par Leonard Foster (University of British Columbia) et Amro Zayed (York University), vise à faire progresser les connaissances en génomique apicole. Une trentaine de colonies issues de l’exploitation sont alors mises à disposition, permettant des évaluations phénotypiques notamment sur la douceur, le comportement hygiénique et la dynamique des populations.
La même année marque également un tournant académique important avec la création de la chaire de leadership en sciences apicoles de l’Université Laval, réalisé avec le soutien financier du CRSAD, les Producteurs de bleuets sauvages du Québec ainsi que des Apiculteurs et Apicultrices du Québec.
Cette initiative permet à Pierre Giovenazzo d’implanter un laboratoire dédié à la recherche et la formation en apidologie.
Parallèlement, son ancienne étudiante, Andrée Rousseau, devient chercheuse en sciences apicoles au CRSAD, et poursuit, puis approfondit les travaux en reproduction apicole, notamment sur la fécondité des reines et des faux-bourdons. La collaboration avec Miels d’Anicet se poursuit alors autour de la thématique de l’évaluation des facteurs influençant la production et la qualité des reines. Parmi ces travaux, des recherches portent notamment sur l’impact de la température durant le transport des reines sur leur fertilité, mettant en lumière l’importance d’un meilleur contrôle des conditions de transport. Dans ce contexte, Miels d’Anicet contribue activement en permettant l’installation de sondes de température et d’humidité relative dans leurs envois de reines à travers le Canada, fournissant ainsi des données essentielles à l’analyse des conditions réelles de transport.
Dans cette dynamique, le groupe de recherche CRSAD-Université Laval développe en 2018 l’un de ses projets phares : le banquage hivernal de reines. Cette approche innovante consiste à hiverner un grand nombre de reines dans une même ruche pendant plusieurs mois. Miels d’Anicet est invité à y participer et s’engage activement en fournissant chaque année plusieurs centaines dereines issues de son élevage. Cette contribution majeure permet d’enrichir les essais et d’affiner les pratiques de banquage hivernal. Toujours en cours, ce projet continue d’évoluer, contribuant à l’avancement des connaissances et à l’autosuffisance en reines au Canada.
En 2019, la collaboration se renforce avec l’implication de Miels d’Anicet dans un projet pilote de diffusion de la génétique améliorée. Après plusieurs années de développement méthodologique, notamment grâce aux travaux doctoraux de Ségolène Maucourt sur les outils statistiques du programme de sélection, une réflexion est menée sur la diffusion efficace de cette génétique vers l’industrie apicole. En 2022, cette démarche aboutit à la création du Comité d’éleveurs de reines du Québec, regroupant plusieurs éleveurs, dont Miels d’Anicet.
Ensemble, ils contribuent à la diffusion de la génétique améliorée issue du programme du CRSAD-Université Laval, avec une production annuelle d’environ 28 000 reines destinées aux apiculteurs. Dans ce cadre, Miels d’Anicet accueille et évalue chaque année la performance d’une trentaine de colonies dont les reines sont issues du programme de sélection, selon des critères tels que la production de miel, le comportement hygiénique et le développement printanier. Les données recueillies sont ensuite analysées afin d’estimer les valeurs génétiques et d’identifier les meilleures colonies pour la reproduction.
Depuis 2024, cette dynamique collaborative s’est enrichie avec l’intégration du projet ApiOmic, ouvrant une nouvelle étape dans l’exploration des données et de la génomique appliquée à l’apiculture. Un projet que nous aurons l’occasion de vous présenter plus en détail au cours des prochaines semaines…